Navigation | « Le Mot progrès dans la bouche de ma mère sonnait terriblement faux »

« Le Mot progrès dans la bouche de ma mère sonnait terriblement faux »

La dernière pièce de Matéi Visniec sera le premier projet Paradoxe(s), mise en scène par Henri Dalem, avec Cécile Greinhofer, Paméla Ravassard, Garlan Le Martelot, Sébastien Libessart et Laurent Labruyère.

Nous sommes en discussion avec différents lieux pour produire, répéter et jouer ce spectacle dont le dossier complet sera bientôt disponible sur ce blog.

La pièce traite du retour dans leur village de parents dont le fils est mort, tué durant la guerre civile d’indépendance, sans doute dans les Balkans. Le corps est introuvable, et le fantôme du fils revient aider ses parents à lui donner une tombe. Au delà de cet argument sinistre – mais en prise avec l’actualité de la recomposition de l’Europe de l’Est – la pièce de Visniec est beaucoup moins sombre qu’il y parait. Vivre sur une terre d’où sortent les morts laissés par plusieurs siècles de conflits européens et méditerranéens occasionne des situation ubuesques dont nous espérons bien tirer ce comique affreusement drôle qui nous préoccupe tant.

Extrait de la note d’intention d’Henri Dalem :

« Rares sont les auteurs d’aujourd’hui qui osent s’emparer des drames d’aujourd’hui. Parler du monde. Rapporter.
Matéi Visniec fait parti de ceux-là. La guerre en général ne l’intéresse pas : il parle de la guerre en ex-Yougoslavie. C’est par le particulier qu’il touche l’universel. Il nous montre des gens vivre sur un charnier à deux heures d’avion de Paris. 
Pour autant, sa poésie n’est pas réaliste ou son théâtre documentaire. L’émotion ne passe jamais par une peinture complaisante de la souffrance. Au contraire, le choix de dénoncer l’horreur par le rire est au cœur d’une écriture qui ne transige pas. Ce théâtre est dangereux, politiquement incorrect, Il refuse le nivellement des valeurs. Il ne s’agit pourtant pas d’un théâtre didactique : Visniec a trop tâté du totalitarisme pour cela. Son ambition est avant tout de montrer les hommes comme ils sont.  Cette pièce est l’histoire d’un rapport avec la terre. Avant de tout reconstruire, il faut que cette terre livre ses cadavres. Toute la scénographie sera donc fondée sur la terre, et sur le brouillage des frontières : dans la pièce de Visniec, les morts reviennent voir les vivants. Non pas pour les hanter, car ils ne font pas peser la faute du conflit sur ceux qui sont restés. Ils reviennent seulement pour trouver une sépulture. Comment interpréter les morts de cette guerre ? Pourquoi semblent-il moins morts que les vivants ?  Je ne compte pas demander à des comédiens de jouer avec naturalisme des parents dont le fils est mort à la guerre. Pour que les comédiens de la troupe s’emparent de personnages qui les dépassent autant, il valait mieux pousser la distance le plus loin possible et les forcer à composer leur interprétation. Les trois vieux (les parents et leur voisine) c’est-à-dire les trois personnages qui pleurent un disparu, porteront donc des masques.  Ce texte répond aux deux impératifs qui fondent le travail de Paradoxe(s) : parler à la fois de nous – de quel autre matériau disposons-nous ? – et parler du monde qui nous entoure – sinon pourquoi monter sur scène ? Nous dévoiler tout en nous emparant d’une question, c’est alors que peuvent naître un regard, une poétique, une théâtralité.  »

Henri Dalem

Par paradoxes le 1 mars, 2008 dans Le Mot progrès..., Projets

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